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Paul de la Taille aurait pu faire sienne la devise de Jehan de la Taille, poète dramaturge et guerrier au XVIe siècle, qui pratiquait tant l'art de la plume que de l'épée, et se disait alors : "in utrumque paratus" : prêt à prendre l’épée et la plume pour défendre le royaume.
Paul s’illustra en effet pendant la deuxième guerre mondiale, au sein des héroïques Cadets de Saumur, puis dans la résistance et enfin au sein de l'OTAN. Homme de lettres, il travailla au Lycée International de Saint-Germain en Laye, avant de faire rayonner en France et en Europe l’Association Française des Administrateurs de l’Education.
Paul de la Taille fut également un promoteur actif de notre association familiale.
Un parcours, des valeurs, un sens de la transmission, qui renvoient à une certaine idée que l'on peut se faire de la France, de l'esprit et de la famille.
Marc de la Taille
Officier de la Légion d’Honneur (à titre militaire), Croix de Guerre 1939-1945, Médaille de la Résistance, Croix du Combattant, Volontaire de la Résistance. Palmes Académiques.
Après des études secondaires au Collège de Cosne-sur-Loire, Paul de la Taille poursuit ses études à Strasbourg et Lyon. Il obtient une licence de lettres. Au cours d’un voyage d’études en Allemagne, en 1937, il est frappé par la puissance et la virulence du Nationalisme Nazi. Il dira plus tard « Il suffisait de faire une excursion à bicyclette en Forêt-Noire pour comprendre ce qui se préparait ».
Incorporé à l’armée en 1937, il est affecté fin 1939 à l’Ecole de Cavalerie de Saumur. Elève Officier en mai 1940, il fait partie des héroïques « Cadets de Saumur » qui, malgré un ordre antérieur de repli, résisteront du 18 au 20 juin à l’assaut des ponts sur la Loire par deux Divisions allemandes, 16 fois plus nombreuses qu’eux. Paul de la Taille sera blessé au cours des combats. Pour sa bravoure au combat l’école de cavalerie est libérée par l’ennemi et autorisé à se replier à Montauban ou Paul de la Taille et démobilisé en août 1940.
Il se rend alors à Vichy ou le capitaine Pierre Dunoyer de Segonzac vient de fonder l’école des cadres de la jeunesse nationale à La Fauconnière en octobre 1940. Dans un pays moralement écrasé par l’ampleur de la défaite, l’Ecole des Cadres représente l’espoir de la dignité recouvrée et le ferment de la revanche à venir, fondée sur des hommes qui sachent combiner la capacité d’agir, une grande connaissance et conscience sociale et de haute valeur morales. Ces vertus marqueront définitivement la trajectoire de Paul de la Taille. Dès octobre 1940 et à la demande de Pierre Dunoyer de Segonzac, dont il devient l’homme de confiance, il rejoint l’équipe permanente de l’école qui se déplace peu après à Uriage. Il organise un réseau d’assistance aux projets d’évasion des prisonniers français en Allemagne (cartes, faux papiers, contacts…) et d’aide au franchissement de la ligne de démarcation. Il y noue un réseau d’amitié indéfectible avec Beuve-Mery, Segonzac, Mounier, Delouvrier, Chombart de Lauwe, Jean-Marie Domenach, le père René de Naurois, et tant d’autres qui écriront le devenir du pays.
A la fermeture de l’Ecole, il s’engage totalement dans la Résistance. Il rejoint les maquis du Vercors puis du Tarn, participe à la libération de Castres et Mazamet.
Après l’armistice il est affecté au 12ème Dragons en Allemagne. Il rentre ensuite au SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe) de l’OTAN au service de presse du Général Eisenhower. Il y découvre une nouvelle vision de l’Europe et de l’Occident qui cherche à se reconstruire sur les ruines de la guerre par le biais de valeurs philosophiques et culturelles partagées. Il travaille ardemment au rapprochement Franco-Allemand et sera le premier officier Français à accueillir le premier officier Allemand détaché à l’OTAN.
En 1958, Paul de la Taille est affecté en Algérie comme capitaine d’escadron de chars. En 1961 il est détaché comme chef du bureau de la jeunesse à Tiaret, avec pour mission la formation de jeunes Algériens. Toujours en lien avec Dunoyer de Segonzac et Delouvrier il s’engage avec enthousiasme dans cette mission qui correspond à sa passion pour la transmission aux jeunes des savoirs et des valeurs qui permettent un vrai développement de leur personnalité. Confronté à de fortes oppositions il est rapatrié en France au service géographique de l’armée.
Paul de la Taille quitte l’armée en 1965 avec le grade de Lieutenant-Colonel. Il rejoint alors l’Education Nationale et devient Professeur de Français et de Latin au Lycée International de Saint-Germain en Laye. Pendant 14 ans, dans l’angoisse parfois et la passion toujours, il va mettre sa forte personnalité, son extraordinaire capacité d’écoute, sa générosité, son immense culture au service du combat pour former des êtres libres et responsables. Ses élèves (et ses collègues) le suivent enthousiastes dans ses voyages à Venise où, infatigable et intarissable il fait revivre avec talent l’histoire de la Cité des Doges, de ses conquérants et ses artistes. C’est un homme de la Renaissance, passionné d’histoire, d’art, de culture, et de découvertes scientifiques. Ses élèves le suivent aussi dans sa maison de campagne spartiate des Pyrénées. Là, revit un peu l’esprit d’Uriage : dénuement, camaraderie, solidarité et partage, et longues discussions sur la vie et le monde dans la nuit.
En 1979, Paul de la Taille prend sa retraite. Il rejoint alors, comme Secrétaire Administratif, l’Association Française des Administrateurs de l’Education. Il s’attache très vite à en développer les relations internationales au travers du Forum Européen qui passera de 6 à 23 pays sous son impulsion. Toujours infatigable il organise Réunions et Symposiums à travers toute l’Europe. Avec pour objectif, au-delà des échanges d’expériences éducatives de faire émerger une vision commune européenne des buts de l’éducation.
Du SHAPE à l’AFAE Paul de La Taille est devenu un grand Européen, sans jamais rien renier de son patriotisme.
Un grand sens de la famille fera de lui un membre fondateur et actif de notre association familiale.
Photo 1: le capitaine Paul de la Taille au premier plan à droite avec le président Eisenhower et le général Buck Lamham.
Photo 2: avec le Général de Lattre en 1945.
Photo 3: Paul de la Taille (à droite) avec Hubert Beuve-Mery (professeur, journaliste, fondateur du Monde en 1944)
Neuvième épisode de notre saga vidéo: une autre façon de faire connaissance avec un membre de la famille, qui se présente à vous en vidéo.
Un grand merci à Sergio Concha de La Taille, qui vient d'arriver en France et est impatient de rencontrer les membres de la famille.
Regardez la vidéo !
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Ecrit par Georges de la Taille, avec l'aide des enfants de Roland: Eric, Martine et Chantal (novembre 2025)
En janvier 2026, cela fera quarante ans que notre oncle Roland de la Taille nous aura quitté. Se souvient-on de tout ce que notre famille lui doit ? Bien sûr, Bondaroy, mais surtout, avec le soutien de Paul de la Taille, entre autres, le rassemblement de la famille autour de notre mémoire collective, le retour vers nos origines, la réactivation de liens familiaux.
Qui est Roland de La Taille ?
Roland fait partie des nombreux descendants de Georges-Hector de la Taille héritier de Lolainville. Il est né le 3 août 1913 à St-Savinien en Charente-Maritime. Son père, Jacques de la Taille, attaché de la banque de l’Union Parisienne à l’époque, avait épousé à 40 ans Marguerite Favin-Lévêque (fille de Marie-Suzanne de Vathaire 1863-1906), alors âgée de 24 ans. Il n’a qu’un jeune frère, Christian né en 1917. Ses cousins et cousines germains La Taille sont la plupart du temps plus âgés que lui : Marguerite Cambon, Robert, Jean, Jacqueline Serre, Bernadette Pradié, Louis-Ferdinand et René de la Taille.
Parenthèse militaire
En 1934, à 21 ans, Roland s’engage dans l’armée, entre à l’École de l’Air (EOA) et obtient son brevet de pilote le 4 juillet 1939. A la veille de la déclaration de guerre, le 1er septembre 1939, il est sous-lieutenant et affecté au Centre d’Instruction de bombardement de Paris.
Après l’appel du Général de Gaule le 18 juin 1940, au lendemain de la signature de l’Armistice, le 22 juin 1940, Roland tente de quitter la France pour l’Afrique du Nord. Malheureusement un accident l’en empêche et il doit terminer sa convalescence à Toulouse où il rencontre quelques membres de sa famille dont René de la Taille, Suzanne Cambon et Georges de La Taille. Sa demande d’affectation aux colonies lui ayant été refusée, il poursuit son entraînement de pilote et il est affecté dans un centre d’entraînement de vol en planeur.
Lorsque les Allemands occupent la zone sud de la France en novembre 1942, Roland est démobilisé. Il a 29 ans. Il entre dans la Résistance et remonte à Paris où il est nommé chef de la Défense passive à l’usine SECM AMIOT de Colombes en mars 1943.
Le 1er septembre 1944, alors que les armées alliées débarquées le 6 juin repoussent les Allemands et que Paris vient d’être libéré (le 25 août), Roland est rappelé à l’active et est envoyé à la base école de Cazaux en Gironde. Il y est chargé du service des transmissions. Il est nommé capitaine de l’armée de l’Air le 25 septembre 1945.
Bien que bon officier et apprécié de son entourage grâce à son caractère enjoué, Roland se plie mal à la discipline militaire et renonce à faire carrière dans l’armée. Il quitte Cazaux pour Paris en juin 1946, se fait dégager des cadres, puis placer en solde de réforme le 1er septembre 1947 à 34 ans (Roland ne démissionnera de l’armée qu’à 50 ans, le 10 mai 1963).
Retour à la vie civile
De retour à la vie civile, Roland reprend, en association avec Alexandre Weisweiller, la société d’avions taxis "Escadrille Mercure" créée en 1946 par René Motais de Narbonne. Cette compagnie rayonnait jusqu'au Mali et au Niger, au service du BRGM, du CEA et des pétroliers.
A cette époque, ses parents sont toujours vivants. Roland mène une vie sociale active, participe à tous les évènements familiaux, réceptions et mariages. Il rencontre Huguette Baugé qui a tout juste 21 ans. Elle est la fille de Pierre Bauge et d’Élisabeth de Loynes d’Estrées, arrière-petite-fille d’Ephrem 1 de La Taille (Par sa fille Lodoiska). Ils se marient à Paris le 8 février 1949. De cette union naîtront quatre enfants : Martine 1951, Luc 1952, Éric 1953 et Chantal 1954. La famille s’installe alors à Viroflay (7 rue Jean Mermoz !)
Ses liens avec la famille conduisent naturellement Roland dans la région de Pithiviers. C’est alors qu’il redécouvre le « château » de Bondaroy, haut-lieu historique familial depuis que Martin en fut le haut châtelain au XVe siècle et surtout Jehan de la Taille qui y écrivit une partie de ses œuvres.
Le château de Bondaroy n’était en réalité plus qu’une ferme depuis qu’en 1757 Angélique Fougeroux, sœur du célèbre agronome Henri-Louis Duhamel du Monceau l’avait achetée pour son fils Auguste-Denis Fougeroux, également agronome réputé, pour l’exploitation de ses terres. Cette ferme fortifiée, depuis longtemps abandonnée, appartenait aux La Boutresse, descendants des Fougeroux, comme le château de Joinville. Depuis le décès de René de La Boutresse en 1949, Bondaroy était devenu la propriété de son épouse, née d’Humières, en indivision avec Hervé de Fougeroux.
Roland se lia d’amitié avec Monique Préveraud de la Boutresse qui résidait au château voisin de la Follye Joinville. Or était conservé en ce lieu un chartrier important contenant une partie des archives de la famille de la Taille dont avait hérité Henri de la Taille, père de Clotilde de la Taille, épouse de Sosthène de Fougeroux, autrefois propriétaire de ce château au XIXe siècle. Ces archives faisaient naturellement partie de notre patrimoine.
Roland se convainquit qu’il n’était pas possible de laisser disparaître ce double patrimoine familial, château et archives. Il commença donc un long combat pour le récupérer.
Les archives furent déposées au centre des archives départementales du Loiret pour y être classées et répertoriées. Elles reviendront plus tard à Bondaroy.
Pour le château, commença alors une longue négociation avec les La Boutresse et les Fougeroux pour le racheter. Ses enfants se souviennent des nombreuses fois où ils venaient avec leur père à Joinville pour rencontrer les familles La Boutresse et Fougeroux qui y organisaient parfois des réceptions. lls en profitaient pour aller jusqu’à Bondaroy et s’y arrêter un moment pour rêver du jour où peut-être…
Mobilisation familiale
Racheter un site comme Bondaroy n’était naturellement pas simple, d’autant plus que son état nécessitait des travaux longs et coûteux pour lui rendre son allure d’antan. Il fallait trouver des soutiens dans la famille et donc la mobiliser en mettant en avant son intérêt historique. D’où l’idée d’association et de réunions sur la terre de nos ancêtres. Roland n’eut pas de mal à entraîner dans cette aventure quelques-uns de ses cousins, à commencer par Paul de la Taille. Ancien résistant et alors professeur au lycée international de Saint-Germain, Paul de la Taille était aussi profondément animé par le sens de la famille.
Une première réunion de famille fut décidée pour le dimanche 28 juin 1964. La lettre d’invitation rédigée par Roland était très claire quant à l’objet de la rencontre :
« Pour permettre aux générations La Taille de faire connaissance entre elles et avec leurs cousins proches issus des familles alliées et aux générations plus anciennes de se retrouver ou même de se connaître enfin, l’idée est venue à quelques-uns qu’une grande réunion familiale pourrait être organisée à cet effet à Bondaroy.
Bondaroy a été choisi pour tout ce qu’il représente d’un passé familial lointain, plein de traditions et illustré notamment par Martin – otage des Anglais pendant la guerre de Cent ans et dont les cendres reposent au pied du grand autel de l’église et par Jehan, le poète, qui y est né… ».. Cette première réunion commencée par une messe à 11h chantée par le curé doyen de Pithiviers, fut suivie d’un pique-nique « sur l’herbe ». La formule était simple, la participation encore modeste, mais la mobilisation était lancée. Un questionnaire d’évaluation fut envoyé par Roland quelques jours plus tard.
De nouvelles réunions furent programmées par Roland et Paul au cours des années suivantes, non seulement autour de Bondaroy, mais aussi dans la région pour faire découvrir aux nouvelles générations le pays de leurs ancêtres : en 1966, à Courtenay, chez Marie de Riverieulx de Varax fille de Jean de la Taille des Essarts ; le samedi 13 juin 1970, à St-Michel, chez les Longueau St-Michel, descendants et alliés aux La Taille depuis des générations. L’abbé Pierre-Édouard de Bruchard, petit-fils de Jeanne de la Taille, était toujours disponible pour célébrer la messe à chacune de ces occasions.
Le programme de la réunion du samedi 23 juin 1973 était encore plus ambitieux. Il prévoyait la visite de plusieurs sites à partir d’Yèvre-le-Châtel, ville d’origine de la famille depuis le XIVe siècle. Le circuit devait en principe comprendre les châteaux de Joinville, des Essarts, de Trétinville et même Dossainville pour se terminer à Bondaroy encore en friches. C’est là que Roland évoqua la nécessité de sauver Bondaroy d’une ruine définitive en créant une association. Parmi les 150 participants à cette longue journée se trouvait Odette de la Taille Trétinville (dite Tato) qui en fera une belle relation écrite l’année suivante.
1974 : le manoir de Bondaroy est classé
Pour sauver le « château » de Bondaroy, il fallait obtenir son classement sur l’inventaire des Monuments historiques. Des démarches furent engagées en ce sens avec l’accord des La Boutresse et des Fougeroux. Elles aboutirent et le 4 février 1974, le ministre des Affaires culturelles signa un arrêté inscrivant sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques les façades et les toitures du « Manoir de la Taille ».
On pouvait alors envisager des travaux de restauration et d’aménagement du « manoir ».
Roland fit appel à un architecte, M. Rouault, pour faire un projet en ce sens.
Les mois suivants, nombre de « cousins » et « cousines » passèrent leurs week-ends, dans des conditions assez rudes, au nettoyage de Bondaroy pour lui donner un « air de fête » en vue de la prochaine réunion qui eut lieu sur place le dimanche 16 juin 1974 : arrachage des ronces et des orties, élagages, installation de l’électricité et d’une sono…
La lettre d’invitation est accompagnée non seulement du témoignage d’Odette de la Taille Trétinville relatant la précédente réunion, mais également d’un vibrant appel aux jeunes par Paul de la Taille et d’un poème de Louis-Charles de la Taille Trétinville dédié au poète Jehan de la Taille.
Cette réunion, précédée d’une messe à Saint-Aignan, et d’une visite du château du Hallier, fut l’occasion pour Roland d’organiser un premier débat sur la création d’une association La Taille, dont il avait commencé à préparer les statuts. Les candidatures sont lancées…
1977 : le retour de Bondaroy
Le 16 septembre 1977, enfin, Roland réalisa son rêve : en devenant propriétaire de Bondaroy il faisait revenir ce patrimoine historique dans la famille.
Il venait d’avoir 64 ans. Il décida d’en faire sa résidence principale à partir de sa retraite en août de l’année suivante. Son installation se fit dans des conditions très précaires. Tout était à faire : chauffage, électricité, plomberie, peintures... Sa famille se mit également à travailler à la restauration extérieure et à refaire un jardin. Parmi ceux-ci, Antoine Serre, Jean de la Taille Trétinville et sa femme Chantal de Latour.
Le 14 mai 1978 un film est tourné à l’initiative de Marc Delestre qui travaillait pour une chaîne de télévision bavaroise. Roland s’investit beaucoup dans sa conception pour éviter d’éventuels dérapages historiques.
Les années passent et le 30 avril 1981 une nouvelle lettre d’information envoyée à près de 400 membres de la famille annonça la tenue d’une nouvelle « La Taillade » pour le jeudi 28 mai, jour de l’Ascension. Roland avertit : « La Taillade n’est pas une cérémonie mondaine mais une réunion amicale des descendants « La Taille » qui aiment se retrouver et passer ensemble une journée au cours de laquelle se mêlent le passé, le présent et l’avenir ; simplicité, décontraction, bonne humeur, ouverture y sont de règle… »
Au programme, rendez-vous à Trétinville où devait avoir lieu le pique-nique, puis visite de Lolainville – la première depuis le début des réunions de famille.
Après la messe célébrée comme les années précédentes par le père Pierre-Édouard de Bruchard, la réunion se poursuivit dans le nouveau manoir en partie restaurée et Roland y présenta de nouveau son projet d’association « La Taille ».
Réhabilitation du château de Chamerolles
Depuis Bondaroy où il vivait avec son épouse, Roland employa son énergie à sauver de l’oubli et de la ruine le château voisin de Chamerolles sur la commune de Chilleurs, en sensibilisant tous les élus locaux sur l’attrait historique, touristique et économique que celui-ci pourrait représenter pour la région. Ce château créé par Lancelot du Lac, bailli d’Orléans sous François 1er, fut un haut-lieu du protestantisme régional au XVIe siècle.
Pour mener à bien ce sauvetage Roland fonda l’association Connaissance et sauvegarde du patrimoine en 1982 et en assura la présidence jusqu’en 1985. Le conseil général du Loiret le racheta le château de Chamerolles à la ville de Paris en 1987. Il est aujourd’hui totalement restauré, abrite un musée des parfums et est naturellement ouvert au public. Notre association y organisa une visite pour la famille en septembre 2005.
C'est pendant ses nombreuses visites à Chamerolles, que Roland découvrit les Tables de la Loi huguenote. Beaucoup de protestants sont passés à Bondaroy les week-ends pour le remercier de ses efforts pour sortir de l’oubli ce château. Encore aujourd’hui sont reçus régulièrement à Bondaroy des protestants qui inscrivent dans leur circuit la visite de Chamerolles et de Bondaroy.
Mission accomplie
La première tranche de travaux de réfection de Bondaroy se poursuivit. On pouvait commencer à organiser des réceptions dans les salles restaurées. Je me souviens d'y avoir conduit une délégation d'Anglais en juin 1981. Le 20 juillet 1985, Bondaroy fut le cadre emblématique de la réception organisée pour le mariage d'Eric et Brigitte Pierdet. Roland vivra l'évènement comme l'achèvement de son œuvre de restauration.Malheureusement, la santé de Roland se détériora. Il décéda soudainement le 9 janvier 1986 à l’âge de 72 ans laissant à son épouse et ses quatre enfants la lourde charge de terminer son projet de restauration. Il repose désormais à proximité, dans le cimetière de Bondaroy, avec ses parents, Marguerite et Jacques, son épouse Huguette décédée le 1er août 2009, leur fils Luc décédé le 6 octobre 2018, et son frère Christian décédé le 28 septembre 19 76.
L’histoire continue
Cependant, les conditions avaient été réunies pour que la famille continue à entretenir la mémoire et à se rassembler. Le 15 mai 1993 une jeune équipe de cousins prit l’initiative d’organiser avec le soutien de Paul de la Taille une « La Taillade » dans le même esprit que les précédentes.
Il fallut attendre le décès en octobre 1996 de Géno de la Taille qui avait consacré une partie de sa vie à travailler sur la généalogie et l’histoire de la famille pour qu’enfin soit prise la décision de créer officiellement une association susceptible de sauvegarder de façon pérenne la mémoire de la famille et de créer des événements mobilisateurs. Cet acte fondateur se fait notamment sous l'impulsion de Georges de la Taille, Paul de la Taille, Emmanuel de la Taille, Antoine Serre, Fabienne de Fonscolombe, Béatrix d'Ussel, etc.
Les « La Taillade » se succédèrent à un rythme plus ou moins régulier depuis le 16 mai 1998 : les 25 mai 2002, 2 juin 2007, 18 juin 2011, 18 mai 2019, 10 septembre 2022. Et de nombreuses initiatives contribuent à faire vivre l'esprit de la famille. Roland aura atteint son but tout en assouvissant sa passion pour sa famille !
Mai 1993
Mai 1998
Mai 2002
Juin 2011
Mai 2019
Mai 2019
Septembre 2022
Septembre 2022
Septembre 2022
Photo de Georges de la Taille, réunion familiale de mai 2019 à Bondaroy.
Après les obsèques de Géno le 7 novembre 1996, Georges prit l'initiative de réunir un comité de réflexion avec, en particulier, Paul de la Taille, Emmanuel de la Taille, Antoine Serre, Fabienne de Fonscolombe et Béatrix d'Ussel. Ce qui donna naissance à l'Association de la Maison de la Taille, que Georges préside jusqu'en 2020.
Roland a atteint son but tout en assouvissant sa passion pour sa famille !
Huitième épisode de notre saga vidéo: une autre façon de faire connaissance avec un membre de la famille, qui se présente à vous en vidéo.
Un grand merci à Eédouard de La Taille, qui nous livre un témoignage intéressant sur son parcours familial et professionnel.
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Septième épisode de notre saga vidéo: une autre façon de faire connaissance avec un membre de la famille, qui se présente à vous en vidéo.
Un grand merci à Louis-Charles de La Taille, qui nous livre un joli témoignage sur son parcours familial et professionnel.
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Sixième épisode de notre saga vidéo ! Une autre façon de faire connaissance avec un membre de la famille, qui se présente à vous en vidéo. Branche de la famille, situation personnelle, parcours professionnel: il suffit de se filmer avec un téléphone portable et le tour est joué...
Un grand merci à Eloïse de la Taille, qui nous livre un joli témoignage sur son parcours original, exigeant et inspirant: étudiante en commerce et management, et sportive de haut niveau.
Cinquième épisode de notre saga vidéo ! Une autre façon de faire connaissance avec un membre de la famille, qui se présente à vous en vidéo. Branche de la famille, situation personnelle, parcours professionnel: il suffit de se filmer avec un téléphone portable et le tour est joué...
Un grand merci à Guillaume de la Taille, qui nous parle notamment de sa vie dans le Sud-Ouest et de ses performances sportives.
Quatrième épisode de notre saga vidéo ! Une autre façon de faire connaissance avec un membre de la famille, qui se présente à vous en vidéo. Branche de la famille, situation personnelle, parcours professionnel: il suffit de se filmer avec un téléphone portable et le tour est joué...
Un grand merci à Emmanuel de la Taille, qui nous livre une réalisation originale et nous décrit avec passion son parcours de militaire et de marin. Découvrez son portrait dans la vidéo ci-contre !
Troisième épisode de notre saga vidéo ! Une autre façon de faire connaissance avec un membre de la famille, qui se présente à vous en 1 minute en vidéo. Quelle branche de la famille, situation familiale et professionnelle, etc. Il suffit de se filmer avec un téléphone portable et le tour est joué...
Un grand merci à Paul de la Taille Trétinville (fils de Christophe et Véronique de la Taille Trétinville, et petit-fils de Michel et Eliane de la Taille Trétinville) qui s'est lancé avec talent dans ce troisième volet. Découvrez son portrait dans la vidéo ci-contre !
Le deuxième épisode de notre nouveau format de vidéo ! Une autre façon de faire connaissance, où un membre de la famille se présente à vous en vidéo en quelques minutes. Quelle branche de la famille, situation familiale et professionnelle, hobbies éventuels, etc. Il suffit de se filmer avec un téléphone portable et le tour est joué...
Un grand merci à Maria Jesus qui s'est lancée avec brio dans ce deuxième volet. Découvrez son histoire dans la vidéo ci-contre !
Parmi les multiples talents de la famille, nous comptons quelques comédiens et comédiennes, et notamment Geoffroy de la Taille. L'occasion de découvrir certaines de ses oeuvres...
Après une carrière classique dans l'assurance, Geoffroy (fils de Maurice de la Taille Trétinville et de Berthe de la Taille) est retourné à sa passion et se livre au cinéma ou au théâtre, en tant que comédien, doublure, voix off, conteur ou figurant.
Vous pouvez regarder la vidéo ci-contre ou voir d'autres scènes en cliquant sur les liens suivants :
Dignités, un conseil de classe un peu particulier !...
https://www.youtube.com/watch?v=3kULG37J0FU
Mange ta soupe, au cœur de la résistance.
https://www.youtube.com/watch?v=YPA5vBrBADU
La baie, film fantastique tourné dans la baie d’Authie (baie de somme)
https://www.youtube.com/watch?v=bLIIRKel7VU
Je suis un sou perdu, un très court métrage, sans parole, plein de poésie avec une belle musique.
https://www.youtube.com/watch?v=fDU9KhL2qNM
Trois séquences extraites de trois films:
https://www.youtube.com/watch?v=i2AhnLdumDs
https://www.youtube.com/watch?v=uTKcA3zzmug
https://www.youtube.com/watch?v=bZ0B4QKxgd8
Pour en savoir davantage, vous pouvez écrire à Geoffroy à l'adresse gdltt@free.fr. Vous pouvez également aller voir son site web: http://www.geoffroy-de-la-taille.fr/accueil.cfm/654342_geoffroy_de_la_taille.html
Cliquez sur la vidéo ci-dessous pour découvrir un court métrage de 4 mn dans lequel joue Geoffroy et qui s'intitule "Le ciel de la marelle".
Découvrez notre nouveau format de vidéo ! Une nouvelle façon de faire connaissance, où un membre de la famille se présente à vous en vidéo en quelques minutes. Quelle branche de la famille, situation familiale et professionnelle, hobbies éventuels, etc. Il suffit de se filmer avec un téléphone portable et le tour est joué...
Un grand merci à Georges qui s'est dévoué pour faire le premier épisode ! Le début d'une grande saga !
"Notre tante Geneviève de la Taille, épouse de François-Xavier O’Jeanson, nous a quitté discrètement samedi 13 novembre dans la nuit, moins de deux mois avant de terminer sa centième année. Geneviève était la doyenne de la famille La Taille dont elle était devenue la mémoire vivante.
Fille unique de Xavier de la Taille (frère d’Ephrem et de Joseph) et de Françoise Boucher de La Rupelle, elle passa pratiquement toute sa vie dans la propriété du Portail près de Tours.
Elle aimait raconter qu’en 1940, alors qu’elle était infirmière et déjà titulaire d’un permis de conduire à 18 ans, elle avait été témoin de l’exode qui amena son oncle Ephrem et sa famille de Lolainville au Portail pour un bref séjour avant l’arrivée de l’armée allemande ; et comment, à partir d’avril 1944 elle participa à l’accueil des habitants de la cité cheminote de St-Pierre-des-Corps bombardée par les Alliés.
Geneviève était surtout très attachée aux valeurs traditionnelles de la famille qu’elle suivait de près. La sienne d’abord, devenue nombreuse au fil du temps. Ses trois fils, Patrick, Xavier et Philippe lui donnèrent huit petits-enfants et 23 arrière-petits enfants. Elle était fière de leur réussite.
Elle s’intéressait aussi à la vie de tous ses neveux et nièces. Elle aimait recevoir leur visite et se montrait toujours très accueillante. En septembre 2008, elle avait ouvert les portes du Portail pour une réunion familiale où nous nous étions retrouvés nombreux.
Pour certains d’entre nous, c’était toujours un plaisir de s’arrêter au Portail, en revenant d’un voyage dans l’Ouest, quitte à faire un détour pour passer un moment avec elle autour d’une tasse de thé ou d’un jus d’orange jusqu’à ces derniers mois.
Avec le départ de notre doyenne, une page de notre histoire familiale se tourne mais le livre n’a pas fini de s’écrire."
"Il y a 25 ans...
Notre famille doit beaucoup à Emmanuel, non seulement grâce à sa notoriété mais surtout pour tout ce qu’il lui a apporté. Il en était l’aîné aux sens historique et traditionnel du terme.
Emmanuel était l’un des promoteurs les plus convaincus de notre association familiale créée il y a tout juste 25 ans. Je me souviens de ce 7 novembre 1996 où, avec notre oncle Paul de la Taille et Antoine Serre, nous nous sommes retrouvés sur le parvis de l’église Saint-Pierre de Montrouge à l’occasion des obsèques de notre tante Geneviève de la Taille qui avait accompli un travail considérable – mais inachevé – sur l’histoire de la Maison de la Taille. Nous décidions ce jour-là, sur le champ, de réaliser enfin le projet de Roland de la Taille, décédé quelques années auparavant, de créer une association pour sauvegarder notre mémoire et renforcer les liens intergénérationnels entre tous les membres de notre famille. Emmanuel participa aux réunions qui allaient déboucher sur la création officielle de l’association de la Maison de La Taille l’année suivante.
Par la suite, il ne cessa jamais de soutenir nos efforts pour mener nos activités, d’une manière ou d’une autre. Emmanuel faisait preuve d’une immense bienveillance pour chacun d’entre nous. Il m’interrogeait parfois sur l’un ou l’autre de ses innombrables neveux et nièces qu’il avait du mal à situer au sein de la famille. Il était toujours attentif mais ne portait jamais aucun jugement négatif sur qui que ce soit, au contraire. C’était la conception qu’il avait de la famille : solidarité et liberté de conscience dans le respect de nos différences individuelles. Conception qu’il développa dans une conférence à l’occasion de la La Taillade de juin 2011, puis dans son livre paru l’année suivante sous le titre « Esprit de famille et liberté de mouvement ».
Merci, Emmanuel, pour tout ce que tu nous as appris."
Georges de la Taille, octobre 2021
Marie-Josephe MULTZER est née le 19 mai 1924 à Tours à Beauverger St-Symphorien. Elle avait 16 ans en mai 1940. Son père était Hubert Multzer O’Naghten (né le 17 janvier 1880 à Grenoble) et sa mère Yvonne de la Taille (née le 9 avril 1902) fille d’Ephrem 2 et de Claire d’Anterroches. Yvonne étant l’ainée de la fratrie Hubert, Christian, Philippe et Michel, ceux-ci étaient donc les oncles de Marie-Jo. Marie-Jo est l’aînée de la fratrie qui comporte Patrick (décédé en 2013), Monique (née en 1926), Jacques (né en 1929) et Sabine (née en 1938).
Marie-Josèphe nous a quitté le 21 juillet 2021. En sa mémoire, le 10 août 2021, jour de son enterrement, nous publions ici le texte qu'elle a écrit pour ses petits-enfants sur sa jeunesse en France. Texte écrit en anglais et retransmis par Emmanuel de la Taille en août 2012 puis traduit par Inès Matyzczyk, épouse de Michel de la Taille en novembre 2020. Texte émouvant, vivant, édifiant et passionnant sur sa vie et cette époque.
GRANDMA’S BOOK
La vie d’une jeune fille courageuse pendant l’occupation de 1940 à 1945
Extrait du texte. Pour lire le texte complet, cliquez sur le lien: Texte complet Marie-Josèphe
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Notre jeunesse, entre Champeaux et Lolainville
J’étais l’ainée de quatre enfants, née à Beauverger comme mon frère Patrick et ma sœur Monique. Oncle Jacques et tante Monique étaient nés à Champeaux. Beauverger était la maison de mes grands-parents paternels, près de Tours, où nous avons vécu jusqu’à ma quatrième année à peu près ; ensuite nous avons déménagé à Champeaux, à la maison familiale construite par mon grand-père Mathieu, ingénieur renommé qui avait été professeur de Gustave Eiffel. Ce bien immobilier était très grand : quelques 600 hectares, et nombre de fermes qui sont restés dans la famille pendant plusieurs années. Le bien se trouvait en Bourgogne, à quelques kilomètres de Paray le Monial, endroit fameux pour ses nombreux couvents, monastères, églises, et plus particulièrement par l’apparition de Dieu à St. Margaret Marie, vénérée au Sacre Cœur à Montmartre à Paris, où il y a une exposition permanente du Saint Sacrement. Pendant nos années à Champeaux, tous les premiers vendredis du mois ma mère nous amenait à la messe dans l’église de la Visitation, qui fait partie du cloître où St. Margaret Marie passa sa vie d’adulte. Dans une des chapelles latérales, se trouve son tombeau ainsi que celui du Père de la Columbière, son confesseur, béatifié il y a quelques années.
La vie était magnifique : vie à la campagne, beaux paysages et, puisque nous avions deux fermes d’environ 200 hectares, nous en dépendions pour le beurre, les fromages (les fameux bicots, fromage de chèvre) et les viandes : bœuf, porc, dinde, poulet, lapin et oie. Je me rappelle encore ma mère et le cuisinier préparant le délicieux boudin, qui se sert avec des pommes… mes papilles s’en souviennent chaque fois que j’y pense…
Pendant la saison du foin, mes frères (Patrick et Jacques) et ma sœur Monique (ma sœur Sabine n’était pas encore née) aidaient à ratisser et ranger le foin.
Comme tous nos amis, nous n’allions pas à l’école ; c’étaient nos parents, avec l’aide d’une gouvernante ou d’un tuteur, qui s’en chargeaient. Je me rappelle une gouvernante en particulier qui est restée avec nous pendant quatre ans, elle venait du Luxembourg, et parlait allemand, français et espagnol couramment. Encore aujourd’hui, nous restons en contact en dépit de son âge avancé.
La mère de mon père habitait à proximité de Tours et les parents de ma mère habitaient dans une autre partie de la France, dans la Beauce. Jusqu’en 1931, quand ma grand-mère paternelle décéda, nous allions passer quelque temps avec elle, en général à Pâques. Nous passions habituellement les étés à Lolainville avec les parents de ma mère. Mon grand-père Ephrem de La Taille était militaire, diplômé de la fameuse école militaire française de St. Cyr, l’équivalent de West Point ici. Une fois la 1ère Guerre Mondiale finie, mon grand-père prit sa retraite et devint fermier. Le travail à la ferme là-bas était complètement différent de celui de Bourgogne, où on faisait de l’élevage laitier et bovin. Dans la Beauce, on faisait du froment, de l’avoine et de la betterave. La terre était très riche, c’est pourquoi elle était appelée ‘le grenier de la France’. Lolainville se composait de la maison principale, et adjacent à la ferme, d’un énorme jardin potager, deux grands vergers avec tous types de fruits qui approvisionnaient mes grands-parents et tous leurs petits-enfants. Je passais beaucoup de temps à Lolainville et j’y ai aimé chaque moment ; ma grand-mère (Claire) adorait le jardinage et j’ai appris beaucoup d’elle ; je pense que j’ai hérité d’elle l’amour pour les fleurs et le goût de trainer dans le jardin. Il y avait aussi un grand parc où mon frère et mes sœurs jouaient et faisaient des maisons dans les arbres : chaque année une nouvelle maison.
Comme je vous l’ai dit plus haut, nous étudiions à la maison, mais il devenait de plus en plus difficile de trouver des enseignants pour nous préparer à passer le « Bachot (B.A.) », donc mes parents ont dû nous envoyer au lycée ; les ainés ont été les premiers à y aller. J’avais 14 ans quand je suis partie au pensionnat du Sacre Cœur à Bourg-en-Bresse, loin de la maison, près du Jura, et croyez-moi, je ne pensais pas être capable de m’y habituer.
C’était, bien sûr, une école catholique, les enseignantes étaient excellentes... mais je ne suis pas sûre que vous auriez apprécié ce type de vie de régiment… (pour tout vous dire je ne l’aimait pas non plus… ça c’était comme ça !). La discipline faisait partie de la vie évidemment, lever à 6h00, sauf le dimanche, messe journalière suivie du petit déjeuneur composé de café au lait et de pain avec du beurre ou de la confiture (c’est nous, les pensionnaires, qui amenions le beurre, le jambon ou les autres choses ; sinon c’était seulement du pain). Les leçons commençaient à 8h, suivies par une récréation de 15 minutes à 10h00 (juste le temps de pouvoir aller aux toilettes qui étaient à l’extérieur), puis classe de nouveau jusqu’à 11h30 ; nous, les pensionnaires, aussi appelés les ‘internes’ en français, nous avions alors une demi-heure pour réviser avant d’aller déjeuneur, alors que les ‘externes’ rentraient chez eux pour le déjeuneur. Le déjeuner n’était pas un moment bruyant comme ceux que j’ai connus ici dans les différentes écoles où j’ai enseigné. Ils se déroulaient pour l’essentiel dans un silence total pendant le carême et, en temps normal, ils commençaient en silence jusqu’à ce qu’un fort battement des mains nous autorise à parler. J’ajoute que les déplacements entre les classes et la salle à manger, en fait partout où nous allions, étaient ordonnés, deux par deux et en absolu silence. Après le déjeuneur nous allions nous promener, encore de façon très ordonnée, à la ville et, pendant les week-ends, à la campagne ou dans les bois où, selon la coutume en France, nous cueillions les premiers jours de mai le muguet. Je note que nous n’étions pas habillés en jeans of T-shirts qui n’existaient pas à l’époque (cependant, je doute que nous aurions été autorisés à les porter) et que nous, les internes, nous portions l’uniforme de l’école, mais pas les ‘externes’ ; en classe nous devions tous porter une blouse de couleur crème avec un col rouge ; c’était pour éviter que l’on cherche à se distinguer. A 14h, les classes recommençaient jusqu’à 16h00 ; les externes rentraient chez eux et nous, les internes, nous avions notre gouter, pain, chocolat et une boisson. Récréation jusqu’à 17h, puis salle d’études jusqu’à 19h00 pour le diner qui était suivi par une autre récréation jusqu’à 20h avant d’aller au lit… Ceci vous donne une idée de comment se déroulait la vie dans un pensionnat catholique.
La déclaration de guerre
L’été 1939 nous étions en vacances à Lolainville avec ma sœur Monique quand la mauvaise nouvelle tomba. Ni l’une ni l’autre ne pouvait soupçonner que nous passions notre dernier été heureux à Lolainville.
C’était un beau dimanche ensoleillé de septembre, le dernier dimanche que nous devions passer chez les grands-parents avant de rentrer chez nous. Comme d’habitude nous allâmes à l’église, où ma grand-mère, comme ma mère d’ailleurs, jouait de l’orgue et s’occupait du chœur. Au moment du sermon, je me rappelle seulement le vieux prêtre allant vers la chaire pour annoncer que la Grande Bretagne avait déclaré la guerre à l’Allemagne et, qu’en tant qu’alliée, la France allait suivre. La cloche de l’église sonna le glas : un son grave et sinistre retentit dans toutes les églises de France pour annoncer que la guerre venait d’été déclarée et que tous les hommes avaient été appelés à prendre les armes.
Donc cette guerre dont nous avions tant parlé pendant des années et qui nous effrayait tant, était là ; difficile à croire, mais c’était la réalité ; la vie changea soudainement… Une mobilisation générale eut lieu, les hommes sont partis un à un, quelques travailleurs de mon père sont aussi partis. En conséquence, quiconque était resté devait apporter sa contribution ; c’était septembre, temps des récoltes ; deux de mes jeunes oncles, Philippe et Michel, sont venus aider; j’ai encore aujourd’hui l’image de mon oncle Michel (mon favori) debout au milieu du hangar, entouré de barils de blé et d’avoine… et après venaient les betteraves à sucre. A cet époque-là, tout était fait par étape : couper, ratisser, ramasser, et après séparer les grains, tâche qui se faisait avec une machine spéciale, la batteuse, par un autre groupe qui emballait les magnifiques grains de blé, d’avoine et d’orge, ramassait la paille entassée dans le hangar pour l’empiler en beaux monticules appelés ‘meules’.
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« Aymant mieux honorer mon petit Bondaroy
Que chastelain je tiens en hommage du roy,
Me pourmener au bord de ma petite Essonne
Qui mes vers et mon nom desja, desja resonne… »
Le Courtisan retiré
Le Val de Loire fut chanté par Ronsard et du Bellay ; la Beauce peut quant à elle s’enorgueillir d’avoir donné le jour au poète Jehan de la Taille. Les deux biographies de qualité qui lui sont consacrées s’attardent plus sur les œuvres du poète beauceron que sur sa vie.
Jehan de la Taille est né vers 1533. Il est le fils aîné de Louis de la Taille et de Jacqueline l’Estendard issue d’une très vieille famille chevaleresque. Désireux d’en faire un honnête homme, son père l’envoie à Paris où il suit les cours de l’humaniste Marc-Antoine Muret et où le suivront ses jeunes frères Jacques et Pascal. Ces derniers sont emportés par la peste de 1562, au grand chagrin de leur aîné qui publiera les écrits de Jacques.
Jehan de la Taille suit ensuite à Orléans l’enseignement juridique du calviniste Anne du Bourg.
Dès le début des guerres de religion, en 1262, Jehan de la Taille qui a reçu l’éducation militaire d’un gentilhomme de bonne maison, est engagé en 1562 dans les troupes royales de Charles IX. En réalité, il déplore cet affrontement national, ce qu’il exprime dès dans son pamphlet : Remonstrance pour le roi [Charles IX] à tous ses sujets.
Quelques années plus tard, en 1568, après l’édit qui interdit le culte réformé, Jehan rejoint le prince de Condé et Coligny. Le 27 juin 1570, au combat d’Arnay-le-Duc, il est blessé au visage et soigné par le propre médecin du futur Henri IV. C’est la fin de sa carrière militaire (il a 37 ans).
Les guerres ont été pour Jehan de la Taille autant source d’inspiration que de lamentation : « quel horreur,/ De voir gent contre gent s’allumer en fureur ». L’emblème que se choisit le poète témoigne d’ailleurs de son ardeur guerrière tout autant que de son aisance poétique : le lion rampant couronné tenant une plume et une épée, présente sur un cartouche la devise « in utrum paratus » (disposé pour chacune de ces choses). Cette devise sera développée par Jehan de la Taille en plusieurs passages de ses poèmes.
Les biographes de Jehan de la Taille se sont interrogés sur sa foi. Combattant dans les armées royales, puis rejoignant les rangs huguenots, s’est il converti ? Rien dans les archives ne permet de répondre : certains de ses poèmes vilipendent l’institution ecclésiastique (La religieuse contre son gré, à un prélat inutile), mais il ne s’agit pas pour autant d’une critique de l’église catholique dans son entier. On sait également que son jeune frère Valentin était catholique, mais qu’à la faveur de l’édit de pacification de Saint-Germain (8 août 1570), son père, Louis de la Taille, avait institué le 29 novembre 1570 un prêche au château de Bondaroy. Charlotte du Moulin, que Jehan avait épousée en 1575, suivait ce prêche en 1615, quelques mois après la mort de son époux. En revanche, c’est dans l’église de Bondaroy que Jean de la Taille est enterré : on y voyait encore sa pierre tombale au 18ème siècle.
Retiré dans son « petit Bondaroy », et désormais marié (1575, à au moins 40 ans), Jehan de la Taille mène la vie d’un gentilhomme beauceron, dans un manoir qui tient plus de la grande ferme que du château seigneurial. Celui-ci « comporte un grand corps d’hostel où il y a salle par bas, cuisine et antichambre a coté, viz de pierre de thaille, sur laquelle y a pavillon, galleries, chambres haultes, grenier en dessus, cave dessoulz, cour en laquelle y a escuries, granges, bergeries, coulombier, jardin et garane (= garenne) derrière, enclos de murailles ; entre lesquelles jardin, garane, et lesdits batiments, il y a fossez, grand jardin estant audevant de lasite maison, prez, aulnay, larry (= landes) droict de pesche, terres labourables et vignes ». Dans ses débuts, cette vie campagnarde donne au poète le loisir de préparer l’édition des œuvres écrites pendant les années guerrières (avant 1570), puis sans doute entreprend-il ou termine-t-il la rédaction du Prince nécessaire, dont le manuscrit, d’après T.A. Daley, a subi maints remaniements. Mais rien n’est publié entre 1574 et « Le courtisan retiré » au titre évocateur et 1595, date de la parution de « l’Abrégé des singeries de la Ligue ». Cette satire, longtemps confondue avec la Satyre Ménippée, montre combien son auteur connaît les événements qui se déroulent à Paris entre 1589 et 1594. La discordance, dans la forme et le fond, des Singeries de la Ligue avec les autres œuvres du poète, peut d’ailleurs remettre en cause son attribution à Jean.
Au cours de sa vie, Jehan connut quelques malheurs familiaux : la mort de ses frères Pascal et Jacques, puis celle de sa sœur bien aimée Angélique. Son fils Lancelot lui créée également quelques soucis lorsque s’étant pris de querelle avec le baron de Saint-Georges, futur époux de sa sœur Isabelle, Lancelot le provoque en duel et le tue. C’est à cette triste occasion que Jean de la Taille publie sa dernière œuvre : Discours notable des duels.
Dans les années 1590, Jehan de la Taille connaît de sérieux soucis financiers. Après plusieurs tentatives durant son vivant, les créanciers finissent par saisir Bondaroy après sa mort en 1614 Cependant son fils Lancelot obtiendra que sa mère, Charlotte du Moulin, épouse de Jehan, puisse y demeurer jusqu’à la fin de sa vie.
Sources : documents de familles et notice biographique d’Anne-Cécile Tizon-Germe, Conservateur aux Archives départementales du Loiret
Revu le 26/07/2021 par Georges de la Taille